Mercredi 26 avril 2006

Parce que, bien souvent, au détour d’une phrase

Que l’on a prise sans nous être destinée,

Une ancienne douleur, soudainement, renaît,

Et que la vie, en un seul battement, s’embrase,

Parce qu’un presque rien, un silence ou un mot,

Nous surprend à noyer nos regards dans la peine,

Car le plaisir et la tristesse sont jumeaux,

Car la lumière est seule à sublimer l’ébène,

Et parce que, ce jour, le ciel était sans voix,

Mais que l’éternité venait frapper nos portes,

J’ai tremblé au midi cramé de mes nuits mortes,

Et, excavant mon cœur, j’ai repensé à toi…

 

par Etre publié dans : Arbre et Hamadryade
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Dimanche 23 avril 2006

La blanche chair des roses filles

Dans ces regards où rien ne brille

Paraît troubler les profondeurs

Des âmes communes, affreuses,

Des esprits vides, sans candeur,

Que la désespérance creuse.

 

Les roses chairs des filles blanches

Dans le regard du noir dimanche

Traînent les rubans de l’ennui,

Et strangulant à la blessure

Les désirs bleutés par la nuit,

La vision n’est plus que luxure.

 

Dérivent les rêves du monde

Dans les courbatures immondes

Des yeux avides et tremblants

Comme de frêles, frêles branches

Auxquelles s’agrippent les blanches

Phalanges vêtues de gants blancs.

par Etre publié dans : Arbre et Hamadryade
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Mercredi 12 avril 2006

J’avais absorbé une avalanche céleste…

Je découvrais la néphélomancie au détour des regards portés un peu plus loin, accrochés un peu plus haut que ce sur qui ou sur quoi ils ont coutume de se poser.

La néphélomancie, cet art divinatoire consistant à examiner la forme des nuages, m’était alors une discipline étrangère, au point de méconsidérer les présages vaporeux et liquides de la nature jusqu’à n’en extraire que leur apparente beauté.

 

 Je me trouvais déraciné, ce soir là, attendant quelque passage astral sur le rebord d’une falaise qu’effrangeait une écume pas tout à fait noire. Je croyais avoir perdu l’essentiel de ce qui fait qu’un homme puisse être heureux ; l’espoir s’était éteint comme savent mourir les bougies, au matin, peut-être par clairvoyance, pour laisser place à de plus fortes lueurs. Malgré tout, je n’avais plus l’impudence de me savoir désespéré. Je soupesais au fléau des consciences les temps décousus qui me resteraient à m’exiler de toutes attentes.

 

Le firmament léchait mes prunelles paralysées par le débordement des visions. Je voyais, mais sans voir, comme d’autres mangent sans faim ou font l’amour à des corps dont l’âme est obsolète. Je voyais sans savoir, comme d’autres parviennent à satiété et poursuivent leur étrange boulimie au-delà du malaise, ou s’avilissent dans une sexualité dont la noblesse n’a d’égal que le pathos qui entache un plaisir infatigable et vain.

 

Il fallut que mes paupières sertissent le zénith étroitement lié à mon discernement exigu. Des tableaux philistins aux couleurs dépassées par le cadre intempérant de ma métamorphose semblaient prendre feu et de pâles débauches d’arcs-en-cieux aux bistres gradations noyaient d’aveuglement mes antiques phantasmes. Je n’étais plus tout à fait moi-même, sans être jamais parvenu à me concevoir comme tout à fait un autre…

 

                                    Mes yeux étaient cerclés par les nimbes obscurs,

Outres évaporées, charnures d’éléphants,

Et soudain prisonnier d’une ambiance insécure,

Je tremblais comme quand je n’étais qu’un enfant

Et qu’observant bouger l’or de mes propres ombres,

J’imaginais surgir la mort et son passeur,

Tandis qu’entre les murs aux visages sans nombre

Ma crainte se clouait aux fils de la noirceur.

 Je ne percevais plus les nuages, mais tout ce qui se cachait derrière eux ou, plus exactement, tout se qui se camouflait en leur sang. L’armature des prophéties nébulées s’offrait à nos contemplations inexpertes et molles car – et le vieil adage l’annonce – les reflets de l’évidence sont d’une transparence si claire, et le crible de nos jugements est si grossier, que nous sommes incapables de caresser la peau de la vérité qui, depuis toujours, circule dans la moelle de nos veines.

 

 Chaque nuage devenait un livre ouvert sur des futurs sensés n’être que songes. Chaque nuage était une page de plus se greffant au recueil du Vivant qui – et je l’avais déchiffré à la jointure du minuit – devrait s’achever un jour, lorsque le soleil ne viendrait plus boire nos lacs et nos larmes, et quand les vents, trop essoufflés, n’iraient plus soulever les poussières de nos âmes séniles, ainsi que les grains de sable devenus trop pesants. Parce que tous les lendemains étaient contenus dans les nuages et parce que je devenais le gardien d’une langue oubliée, je ne pouvais plus baisser la tête ou soutenir les regards horizontaux de mes semblables habitués à fouler le destin d’un battement de cil…

par Etre publié dans : Arbre et Hamadryade
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Lundi 10 avril 2006

Pardon, je n’ai pas su porter ton souvenir

Dans le temps. Pardon. J’ai perdu jusqu’aux faiblesses

D’aimer – et sans effort – ces choses qui me blessent

Aujourd’hui. Je n’ai plus d’amour. Je veux punir

Les traces d’un passé qu’aujourd’hui je regrette.

Pardon de l’avouer, mais c’est la vérité.

Sourires et pensées, je veux tout regretter.

Je ne conserve rien de toi. Pardon, j’arrête…

J’arrête, comme quand toi seule as décidé

De partir. T’en aller… poursuivre une autre route.

Je me tais. A ces mots presque rien je n’ajoute.

Presque rien… mon amour… ma tendre décédée.

par Etre publié dans : Arbre et Hamadryade
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Mardi 28 mars 2006

Le ciel a débordé. De sa joie affolante,
Il laisse s'échapper de liquides rubans
Chamarrés par le plomb vrillé des chutes lentes
Qu'investissent les corps usés aux os des ans.
 
Il semble que le temps, aujourd'hui, se repose.
Les heures, chez les horlogers, sont emmurées.
Le ressort de ma montre est tout courbaturé.
La porte ne fait plus entendre son arthrose.
 
Il pleut comme il a plu, mais comme plus jamais
Il ne pourra pleuvoir... Mémoire aux Anathèmes...
Il pleut. Je pense à toi. Je ne dis plus je t'aime.
               Seulement je t'aimais.
 
Je t'aimais, seulement. C'était à une époque
Où les doigts de la vie brodaient des souvenirs.
La dentelle, à présent, a cessé de jaunir.
Il pleut. Les enfants sont joyeux. Mais je m'en moque.
par Etre publié dans : Arbre et Hamadryade
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